Théorème des valeurs intermédiaires terminale : TVI ou corollaire ?
Quand citer le TVI tout court et quand citer son corollaire ? La distinction qui rapporte un demi-point à chaque exercice. Méthode + 2 exemples rédigés + pièges classiques.
Judith Quéré
Ingénieure diplômée, fondatrice de Mathactique
Le théorème des valeurs intermédiaires (souvent abrégé en TVI) est l'un des outils les plus utilisés en terminale pour démontrer qu'une équation admet une solution. Il tombe au Bac quasiment chaque année, sous une forme classique : « Montrer que l'équation admet une unique solution sur ». La question paraît simple, mais beaucoup d'élèves perdent des points en citant le TVI au lieu de son corollaire, ou en oubliant la condition de continuité.
Dans cet article, je te montre la différence entre le TVI et son corollaire (c'est cette distinction qui rapporte les points), deux exemples rédigés (un cas existence, un cas existence + unicité), les pièges classiques et la structure de rédaction exacte à recopier au Bac.
TVI ou corollaire du TVI : quelle différence ?
C'est LA distinction que tu dois maîtriser. Beaucoup d'élèves citent juste « TVI » alors qu'ils utilisent en réalité le corollaire. Ça paraît un détail, mais le correcteur déduit des points sur la rigueur. Voici les deux énoncés :
Règle simple à retenir : dès qu'on te demande d'unicité d'une solution (« montrer que l'équation admet une unique solution »), tu cites le corollaire. Si on te demande juste l'existence (« montrer que l'équation admet au moins une solution »), tu cites le TVI tout court.
Quand utiliser le TVI au Bac ?
Le TVI ou son corollaire est l'outil approprié dès que tu vois ce type de signal dans l'énoncé :
- « Montrer que l'équation admet une solution sur » → TVI (existence)
- « Montrer que l'équation admet une unique solution » → corollaire du TVI (existence + unicité)
- « Justifier qu'il existe un réel tel que » → TVI
- « En déduire l'existence d'une valeur telle que » → TVI ou corollaire selon le contexte
Exemple type 1 : montrer qu'une équation admet une unique solution
Énoncé. Soit la fonction définie sur par . Montrer que l'équation admet une unique solution sur .
Le mot « unique » indique qu'on doit utiliser le corollaire du TVI. La méthode standard : continuité + stricte monotonie + changement de signe.
Rédaction type Bac
- 1Continuité. est une fonction polynôme, donc est dérivable et continue sur .
- 2Stricte monotonie. Pour tout , . Comme , on a . Donc est strictement croissante sur .
- 3Changement de signe. On calcule et . Donc est compris entre et .
- 4Conclusion. est continue et strictement croissante sur , et est compris entre et . D'après le corollaire du théorème des valeurs intermédiaires, l'équation admet une unique solution sur . De plus, étant strictement croissante sur tout , est l'unique solution sur .
Exemple type 2 : montrer qu'une équation admet une solution (sans unicité)
Énoncé. Soit la fonction définie sur par . Montrer que l'équation admet une solution sur .
Pas de « unique » dans l'énoncé : on cite donc le TVI tout court. Pas besoin d'étudier la monotonie.
Rédaction type Bac
- 1Continuité. est une somme de fonctions continues sur (fonctions cosinus, identité et constante), donc est continue sur .
- 2Valeurs aux bornes. et .
- 3Conclusion. est continue sur et est compris entre et . D'après le théorème des valeurs intermédiaires, l'équation admet au moins une solution sur .
Les pièges classiques du TVI
1. Citer le TVI au lieu du corollaire pour l'unicité
Le piège n°1, et le plus coûteux. Si tu écris « par le TVI, l'équation admet une unique solution », tu perds des points sur la rigueur car le TVI seul ne donne pas l'unicité. Tu dois écrire « par le corollaire du TVI » dès qu'il y a unicité.
2. Oublier de mentionner la continuité
La continuité est l'hypothèse fondamentale du TVI. Sans elle, le théorème ne s'applique pas. Tu dois TOUJOURS écrire explicitement « est continue sur car… » en justifiant pourquoi (polynôme, fonction usuelle, somme/produit/quotient de fonctions continues, etc.). Ne suppose jamais que le correcteur le devinera.
3. Oublier le changement de signe (ou la valeur de entre les bornes)
Il faut montrer que la valeur cible (souvent ) est bien comprise entre et . Concrètement : tu calcules et , et tu vérifies qu'ils sont de signes opposés (si ). Si tu sautes ce calcul, le correcteur ne peut pas vérifier l'hypothèse. Phrase rituelle : « et , donc est compris entre et . »
4. Confondre stricte monotonie et monotonie simple
Pour le corollaire, il faut une stricte monotonie ( ou , pas ou ). Si est seulement croissante (avec des paliers où ), on n'a pas l'unicité. Bien écrire « strictement croissante » ou « strictement décroissante » dans ta rédaction. Justifier par (strictement positif) ou par qui ne s'annule qu'en des points isolés.
5. Conclure sans citer explicitement le théorème
La phrase finale doit nommer explicitement « théorème des valeurs intermédiaires » ou « corollaire du théorème des valeurs intermédiaires ». Ne te contente pas de « donc l'équation a une solution » : le correcteur veut voir le nom du théorème. C'est ce qui rapporte les points de rigueur.
La rédaction type au Bac : la structure à recopier
Voici les deux squelettes à connaître, selon que tu cherches l'existence seule ou existence et unicité.
Squelette TVI (existence seule)
- 1Continuité. « est continue sur car… »
- 2Valeurs aux bornes. « et . Donc (ou ) est compris entre et . »
- 3Conclusion. « D'après le théorème des valeurs intermédiaires, l'équation admet au moins une solution sur . »
Squelette corollaire TVI (existence + unicité)
- 1Continuité. « est continue sur car… »
- 2Stricte monotonie. « (ou ) sur , donc est strictement monotone sur . »
- 3Valeurs aux bornes. « et . Donc est compris entre et . »
- 4Conclusion. « D'après le corollaire du théorème des valeurs intermédiaires, l'équation admet une unique solution sur . »
TVI : les questions qu'on me pose souvent
Comment savoir si je dois citer le TVI ou son corollaire ?
Regarde le mot-clé dans l'énoncé. « Unique solution » ou « une seule solution » → corollaire. « Une solution » ou « au moins une solution » → TVI. Si tu hésites, lis l'énoncé deux fois et entoure le mot qui décide.
Et si la fonction n'est pas monotone sur tout l'intervalle ?
Tu peux subdiviser l'intervalle en sous-intervalles sur lesquels est strictement monotone, et appliquer le corollaire sur chacun. Tu obtiens alors une solution unique sur chaque sous-intervalle, et tu sommes les résultats. Au Bac, on te guide souvent vers cette méthode quand c'est nécessaire (« étudier sur puis sur »).
Faut-il toujours calculer les valeurs aux bornes ?
Oui. Le correcteur veut voir le calcul de et (ou les limites si l'intervalle est ouvert). Sans ce calcul, on ne peut pas vérifier l'hypothèse « compris entre et ». Si l'intervalle est infini, tu utilises les limites en et tu cites le théorème des valeurs intermédiaires « généralisé » qui s'applique aux limites.
Comment déterminer un encadrement de la solution ?
Une fois l'existence prouvée, tu encadres par dichotomie ou par balayage à la calculatrice. Tu cherches deux valeurs successives et qui changent de signe, et tu affines en réduisant l'écart. Pour un encadrement à près, tu utilises la table de la calculatrice avec un pas de .
En résumé : le TVI en 4 réflexes
- Repérer le signal : « équation admet une solution » → TVI, « équation admet une unique solution » → corollaire.
- Justifier la continuité (toujours).
- Pour le corollaire, ajouter la stricte monotonie via .
- Conclure en citant explicitement le théorème ou son corollaire.
Pour aller plus loin
Tu veux t'entraîner sur des exercices d'application du TVI corrigés pas à pas, avec encadrement de la solution ? La fiche Fonctions et les exercices du module Bac te donnent tout ce qu'il faut.
Voir la fiche Fonctions, limites et intégrales